Quelle sortie de crise ?
Publié le 16/09/2009
Résumé
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La récession n’a rien eu d’imprévisible, ni d’inexplicable. Au contraire, elle fut le résultat direct et inévitable de la constitution préalable d’un boom du crédit.
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Les gouvernements et les banques centrales ont contribué à cette bulle : (1) en maintenant des taux d’intérêt trop bas trop longtemps, permettant à une bulle d’actifs de se constituer ; (2) en offrant des garanties implicites aux banques et aux autres emprunteurs ; (3) en n’assurant pas ses fonctions de supervision prudentielle et d’encadrement des marchés financiers ; et (4) en encourageant l’endettement excessif chez ceux qui en ont le moins les moyens.
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Ces erreurs proviennent d’une compréhension erronée de la nature des cycles économiques par les banquiers centraux et les ministres des finances, des deux côtés de l’Atlantique, et de leur croyance d’avoir réglé définitivement la question de la prévention des récessions.
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La seule manière d’éviter une récession, c’est de restreindre le boom qui la précède. Toutefois, une fois qu’une récession est en cours, il existe des moyens d’en limiter les pires effets et d’en accélérer la sortie. La clef consiste à rétablir la confiance économique.
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La meilleure façon d’y parvenir, c’est de baisser à long terme l’imposition des entreprises et l’imposition sur le revenu, et de s’y tenir. A moyen terme, l’augmentation des taux d’imposition ne peut être limitée que par la baisse des dépenses publiques, pas par l’emprunt. L’emprunt à large échelle n’inspire pas la confiance, car il laisse augurer de futures hausses d’impôts, ce qui décourage l’investissement.
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Les trois principales mesures mises en œuvre pour limiter la crise ont un effet marginal et pourraient même se révéler nocives. Il s’agit : (1) d’injecter l’argent des contribuables dans les banques, (2) d’augmenter artificiellement l’offre de monnaie (ce qui revient à faire tourner la planche à billets), et (3) de tenter un stimulus fiscal.
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Si on peut comprendre pourquoi les gouvernements ont ressenti le besoin de sauver quelques institutions, vouloir sauver toutes les banques n’est pas sain. Une liquidation organisée des banques insolvables aurait laissé les banques saines en meilleure position sur les marchés, leur permettant d’augmenter plus rapidement leurs prêts aux emprunteurs solides. Aucune institution ne devrait se croire à l’abri (« too big to fail »).
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Augmenter la quantité de monnaie à l’excès a peu de chances d’avoir un impact positif. A long terme, cette politique présente une menace inflationniste, qui pourrait devenir difficile à maîtriser pour les banques centrales.
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La prescription de larges stimulations fiscales est un mauvais remède. La récession actuelle ne résulte pas d’une déficience de la demande, qui n’a cessé d’augmenter jusqu’à l’été 2007. Pas plus que l’impact de la crise n’est distribué uniformément dans l’économie. Des aides ciblées peuvent en limiter la dureté des effets et faciliter les ajustements, mais les gouvernements doivent faire attention de ne pas aider les firmes non viables aux dépens de celles qui vont bien.
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Un trait marquant de la bulle, ce sont les incitations mal conçues sur les marchés financiers, qui ont encouragé la prise excessive de risques. C’est un problème largement dû à l’échec chronique de la gouvernance institutionnelle qui ne parvient pas à responsabiliser directement les dirigeants des banques et des entreprises. C’est peut-être la plus grande faille des économies occidentales à ce jour, et cela pose une vraie question au législateur.
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La crise actuelle met en doute la capacité des gouvernements nationaux à contrôler la monnaie et le crédit. À court terme, de nouvelles formes de politiques monétaires et fiscales doivent être élaborées. Si cela ne marche pas, la question d’une forme d'indexation ou de réserve basée sur un métal précieux se posera à plus long terme.
Introduction
La crise que nous vivons est le résultat d’un télescopage d'une ampleur mondiale. Il ne s'agit pas de la crise du capitalisme, ni de celle du marché dérégulé. Les responsabilités sont partagées à tous les niveaux entre acteurs privés et publics. Les banques ne sont pas seules en cause, il est nécessaire d'ajouter les mauvaises réglementations, les mauvaises interventions et une forte inflation dissimulée dans les actifs immobiliers et financiers. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, l'activité bancaire est extrêmement réglementée par de nombreuses lois, internationales et locales. Sans exonérer les banques de leur responsabilité, cette crise est donc d'abord celle d'un interventionnisme basé sur de mauvais principes.
Sans qu’aucun élément ne parvienne à expliquer seul cet accident de l’histoire, nous pouvons distinguer plusieurs causes. principales Cette analyse doit nous aider à prendre les bonnes décisions pour l’avenir, en distinguant bien les mesures de gestion de l’urgence et les mesures de long terme qui peuvent relever de logiques différentes.
Guy Sorman : quels enseignements devons-nous tirer de la crise. envoyé par PartiLiberalDemocrate.
Origines de la crise
Les fameux "subprimes" n'ont pu se multiplier qu'en raison de l'encouragement actif des autorités publiques américaines. La première cause de cette crise, c’est le format de la politique d’accession sociale à la propriété aux États-Unis : les banques ont été contraintes, à partir des années 90, d'assurer par des prêts l'accession à la propriété de ménages peu solvables. Cette politique a été appuyée par le soutien massif de deux institutions semi-publiques, Fannie Mae et Freddie Mac.
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L'argent facile a alimenté une bulle de crédit
La Fed a laissé les taux d'intérêt trop bas pendant de trop nombreuses années, favorisant un endettement excessif de tous les acteurs. Les organismes financiers ont mis en place des effets de levier inconsidérés, les ménages se sont sur-endettés. Cette bulle du crédit, encouragée par les autorités publiques américaines, a alimenté la bulle immobilière.
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Le retournement du marché immobilier a déclenché la crise
Lorsque le marché immobilier a commencé à se stabiliser puis à baisser, alors que les taux d’intérêts remontaient, les ménages fragiles ont commencé à ne plus pouvoir rembourser leurs prêts. Ils n'ont pas pu revendre leur bien immobilier dans de bonnes conditions. Les défauts de paiement ont commencé à se multiplier, notamment dans la catégorie la plus fragile, les "subprimes" disséminés dans de nombreux produits financiers complexes. Cette dissémination a diffusé la crise à tous les secteurs.
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Les normes comptables ont amplifié la crise
Suite à la faillite retentissante d'Enron, de nouvelles règles comptables ont été mises en place pour assurer une prétendue "transparence" des comptes des entreprises et des banques. Elles ont imposé l'évaluation des actifs à la "fair value", c'est à dire à la "valeur du marché". Lorsque le marché a commencé à paniquer, les actifs ont dû être valorisés à des prix "à la casse". Le plus grave, c'est que ces pertes comptables ont entraîné une baisse en proportion des fonds propres des banques. Pour une perte comptable (et donc de fonds propres) de 100, les banques ont dû réduire leur volume de prêts de 1200. Ce rapport a accéléré le cycle baissier, contraignant les banques à vendre à leur tour et à accélérer le cycle baissier.
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L'anticipation d'une récession a pesé sur les cours de bourse
Les difficultés rencontrées par les banques et les ajustements nécessaires à venir vont peser durablement sur l'offre de crédit. Les ménages ont peur de l'avenir et diminuent leur consommation. Les entreprises réduisent leurs plans d'investissement. La croissance est compromise pour plusieurs trimestres. Ce sentiment négatif s'ajoute aux ventes mécaniques d'actions par les acteurs financiers.
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Ne réglementons pas plus, mais mieux !
Certes, les banques ont pris des risques excessifs. Mais elles y ont été contraintes par des réglementations et des incitations mal conçues, ainsi que par de l'argent surabondant émis par une banque centrale trop laxiste. Aujourd'hui, le paysage financier traverse une restructuration douloureuse et s'impose une vraie remise en question. Pour bien préparer l'avenir, nous ne devons pas étouffer cette activité par des régulations punitives mais mieux penser les règles qui régissent les activités financières.
Gestion de la crise
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Plan Paulson inadapté
Le plan Paulson proposait de dépenser 700 milliards de dollars, soit 5 % du PIB, américain, pour racheter des actifs "toxiques" (incluant des "subprimes") aux banques et "nettoyer leur bilan". Or, les banques souffraient surtout de l'absence de liquidité et de financements, ainsi que de la fonte de leurs fonds propres à cause des normes comptables qui le leur imposaient.
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Plan européen : 3 axes
Les pays européens réagissent à la crise en ordre dispersé. Mais dans ces couacs, Gordon Brown s'inspire de la réponse suédoise à la crise bancaire de 1992, similaire mais à l'échelle de la Suède. Nicolas Sarkozy a rapidement réuni les gouvernants européens pour étendre ce dispositifs ingénieux à tous. Même les États-Unis s'en sont alors inspirés. Le plan repose sur trois piliers pour faire redémarrer l'activité bancaire :
— injection massive de liquidité par les banques centrales afin que les banques, contre garanties de leur part, ne se retrouvent plus en difficulté pour financer leur activité au jour le jour.
— renforcement des fonds propres des banques, soit par une prise de participation des États, forcée ou consentie, soit par l'appel à des investisseurs étranger. La France a "investi" 10,5 milliards d'euros à ce jour. Cet argent n'est pas un cadeau mais une prise de participation qu'il pourra revendre demain pour récupérer sa mise (avec un gain...ou une perte).
— garantie (payante) par l'État du financement des banques afin qu'elles puissent à nouveau s'adresser aux investisseurs devenus extrêmement méfiants. L'État n'avancera aucun des 320 milliards d'euros annoncés, mais il sera caution intermédiaire entre les investisseurs et les banques pour ce montant.
Ces mesures sont efficaces pour relancer l'économie financière, mais elles sont porteuses de graves dangers dans la durée. Rappelons-nous que les origines de la crise sont assez similaires. Bref, elles doivent viser à remettre le système financier debout et à faire repartir le financement de nos économies. Elles n'ont pas vocation à durer.
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Bien distinguer les mesures d'urgence du long terme
L'injection massive de liquidité, c'est un allume-feu utile au démarrage, vite dangereux par con caractère inflationniste en situation normale.N'oublions pas que l'argent facile est l'une des causes des bulles qui nous ont amené la crise actuelle.
En soutenant les banques, l'État français a dépensé 1.6 % de notre PIB. Or, il n'a ni les moyens, ni les compétences pour exercer un tel pouvoir. Si nous ne voulons pas mettre en péril nos finances publiques, l'État devra rapidement céder ces participations au marché.
Enfin, l'État ne peut durablement se substituer au marché pour prendre les risques à sa place. D'abord, il ne sait pas gérer le risque, comme le prouvent de nombreuses affaires comme celle du Crédit Lyonnais. Surtout, en cas de nouvelle grande crise, il n'y aura personne pour venir à son secours car il est le dernier ressort.Il ne doit donc pas s'exposer ainsi trop longtemps.
Réformer l'économie financière
Vouloir "refonder le capitalisme financier" relève surtout de l'effet d'annonce. La capitalisme ne distingue pas aussi simplement le monde de la finance qui serait devenu « virtuel » d'un monde de l'entreprise, « réel ». L'entrepreneur qui lance son projet ne spécule pas moins que celui qui le finance.
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L'activité bancaire est l'une des plus réglementées au monde
Les banques se voient appliquer la loi Sarbanes-Oxley sur la transparence des procédures, la réglementation MIFID pour protéger leurs clients, les normes comptables pour assurer la transparence de leurs comptes, les normes de Bâle II pour assurer un bilan solide, ainsi que toute une série d'obligations fixées par chaque pays. En France, la Banque de France, la Commission bancaire et d'autres institutions suivent les banques de très près.
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Ne réglementons pas plus, mais mieux !
Cet empilement de réglementations n'a pas empêché les excès ni prévenu cette crise.Il a créé de l'opacité et de la complexité, alors qu'une bonne régulation exige de la clarté et de la simplicité dans les règles.
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Les "paradis fiscaux", incitation positive sur les "enfers fiscaux"
Il est plus facile d'accuser des pays fiscalement moins rapaces plutôt que de remettre en question son propre modèle. Contrairement à ce qui est avancé, les paradis fiscaux sont extrêmement stricts et hébergent des holdings et des fonds d'investissement tout à fait respectables, attirés par une fiscalité réduite. Nous devrions au contraire, comme de nombreux pays l'ont déjà fait, chercher à redevenir compétitifs sur le plan fiscal pour attirer des capitaux et des holdings créateurs de richesse et d'emplois.
Amortir le choc économique
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Ce qu'il ne faut pas faire : plan de relance et fermeture des frontières
Il ne faut pas céder à la tentation des prétendues "mesures de relance" qui sont surtout des "mesures de dépense". Elles ont prouvé leur inefficacité coûteuse pour le contribuable. C'est du pouvoir d'achat qui s'envole, ou de la dette supplémentaire qui pèsera sur la croissance de demain. Il est dangereux de vouloir constituer un fond public d'investissement avec de l'argent et des compétences que l'État ne possède pas. Ses critères promettent d'être politiques, les conséquences de ces nationalisations risquent d'être désastreuses.
Autre danger, celui de la fermeture de nos frontières. Nous savons que notre économie a besoin des autres pour se développer, et que la qualité de vie des Français dépend largement des produits et services importés. Assimiler les étrangers à des "prédateurs" risque de nous priver de capitaux et de savoir-faire bien utiles pour nos entreprises. Lorsque les moteurs de la croissance mondiale rebondiront, nous serons d'autant mieux placés pour renouer avec la croissance nous aussi que nous aurons laissé nos frontières ouvertes.
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Diminuer la dette publique
L'Etat français a déjà une dette de 65 % du PIB. La charge des intérêts atteint presque le montant de l'impôt sur le revenu. Ajoutons à cela les engagements "hors bilan" qui représentent environ 50 % du PIB pour les seules retraites des fonctionnaires (rapport Pébereau), ainsi que les engagements de sécurité sociale et de retraite des salariés du privé que personne n'a encore osé évaluer. Avant de faire la morale au monde financier, il serait sage que l'Etat ait une idée plus précise de ses propres risques encourus. Et, surtout, qu'il réduise rapidement sa dépense pour réduire l'encours de sa dette. La fusion des départements et des régions va dans le bons sens. La réforme de l'Etat et du mode de financement des assurances sociales est tout aussi cruciale.
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Libérer la croissance
La récession qui nous attend sera d'autant plus forte et longue que nous n'avons pas mis en oeuvre les réformes structurelles tant attendues pour libérer le travail et les entreprises. En effet, la croissance et l'emploi dépendent avant tout des entreprises. Le marché du travail, le poids des charges sociales et les contraintes administratives continuent à freiner le développement des entreprises françaises, notamment les petites PME qui préfèrent ne pas franchir les seuils légaux qui compliquent considérablement leur fonctionnement. Les Français trouveront d'autant plus facilement un emploi que les entreprises seront confiantes dans leur propre capacité d'adaptation rapide aux changements de conjoncture.
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Préparer l'avenir
L'enseignement doit rester la pierre angulaire de toute politique ambitieuse. Non pas pour persister dans une vision centralisatrice, mais dans une optique d'autonomie et d'émulation de ses acteurs. C'est avec une réelle autonomie que les établissements scolaires pourront s'adapter aux réalités du monde actuel. Les chefs d'établissement doivent enfin pouvoir composer leurs équipes, de même que les familles doivent avoir le choix le plus large possible de l'école pour leurs enfants. Cette réflexion concerne aussi bien l'enseignement technique, professionnel et supérieur.
Vincent Bénard : sommes-nous vraiment sortis de la crise ?
Conclusion
La crise a renforcé la solidarité entre pays qui ont dû se coordonner et coopérer pour affronter son choc. La mondialisation sort renforcée de cette épreuve difficile, et ses moteurs retrouveront probablement la voie de la croissance plus vite qu'on l'imagine. Si nous ne voulons pas rater cette reprise mondiale le jour où elle aura lieu, il est temps de réaliser les grandes réformes nécessaires pour libérer les énergies et les talents. C'est la voie libérale.
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